vendredi, 05 septembre 2008

Bouroune et son troupeau (91)

Emile Géraud, plus connu au village sous le nom de Bouroune, était possesseur d’un troupeau : quelques chèvres, un bouc et quelques moutons qu’il amenait paître quotidiennement.

Bouroune n’avait pas besoin d’une alarme pour protéger sa maison, le bouc ne laissait personne franchir le seuil du portail.
Petit aparté, Yvan Cros, que tout le monde surnommait Crotte Fine, en fit un jour les frais.
Ayant voulu ouvrir le portail, le bouc lui fonça dedans, lui fit traverser la rue et le « décalqua » dans le mur qui se trouvait derrière lui.

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Pendant la guerre 39-45, je ne vous apprendrai rien, si je vous dis que certaines denrées telles la viande, le pain, le lait, en particulier, étaient contingentées.

En ce qui concerne le lait, seules certaines catégories pouvaient en bénéficier : les J2 (les enfants), les J3 (les adolescents) et suivant la formule consacrée : les femmes enceintes et allaitantes.

Pour pallier à cet inconvénient, certaines familles du village avaient fait l’acquisition d’une ou plusieurs chèvres, ce qui donna par la suite l’apparition d’une épidémie de brucellose ou fièvre de Malte, mais là n’est pas le propos de cette chronique.

Avoir des chèvres c’était bien, mais il fallait le plus souvent possible les sortir pour les faire paître.

Notre ami Bouroune grossissait donc son troupeau avec les chèvres que les gens voulaient bien lui confier. Comment se faisait-il rétribuer pour ce service ? Je n’en ai aucune idée.

Cela donnait lieu deux fois par jour à une intense animation dans la rue du Lirou, puisque c’était là qu’il résidait, dans une maison juste avant d’entamer la descente.

Vers une heure, une heure trente, les gens arrivaient avec leur chèvre et revenaient le soir vers 18 heures pour les ramener au bercail.

Parmi toutes ces chèvres, deux avaient une particularité : elles allaient chez Bouroune et en revenaient toutes seules.

C’étaient les chèvres de la famille Gillet.

Ainsi, matin et soir, on pouvait les voir passer, traverser comme des grandes la route nationale, qui n’était pas très encombrée à l’époque, se rendre chez Bouroune de leur petit train de sénateur et en revenir de même.

Il n’était pas rare de les rencontrer vers 9 heures du soir sur le chemin du retour.

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Ces deux chèvres étaient devenues légendaires dans tout le village. Lorsqu’on les rencontrait tout le monde savait à qui elles appartenaient.

Je me souviens d’un incident qui était arrivé à mon arrière-grand-mère.

A l’époque, surtout en été, aucune porte n’était fermée à clef, elles restaient même entrebâillées.

Ma mamète qui était toujours vêtue de noir, couleur obligée depuis qu’elle avait perdu un fils à la guerre de 14-18, avait mis quelques frusques à tremper derrière le portail du petit « magasin » de la maison, dans une bassine qui contenait du bois de Jalapa, souverain pour nettoyer et raviver les vêtements foncés.

Quelle ne fut pas sa surprise en trouvant nos deux chèvres en train de manger le bois de Jalapa, et les tabliers qui trempaient par la même occasion.

Je vous laisse penser la crise que piqua la brave femme.

Je ne me rappelle plus très bien, mais connaissant son tempérament, je me doute que nos deux encornées durent passer un mauvais quart d’heure.


Narration/rédaction : Monique
Illustrations d'après Internet

jeudi, 04 septembre 2008

Monsieur Mathali (89)

Monsieur Mathali, personnage singulier s’il en est, avait été vétérinaire aux Armées. Lorsque l’heure de la retraite sonna, il vint s’installer à Puisserguier d’où son épouse était originaire et où elle possédait une maison.

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Certainement pour arrondir ses fins de mois, il continua son métier de vétérinaire dans le civil.

Ce monsieur avait plusieurs particularités.

Comme il n’attachait pas son chien avec des saucisses, il continuait à utiliser les vêtements de l’armée : pantalons de cheval, leggins, et sur la tête, été comme hiver, un feutre gris délavé, avec un élastique qui lui c8a2d742ae547ca552ab21f1f11dbae3.jpgpassait sous le menton, car bien que possédant une antique Renault dont le klaxon, fait d’une poire en caoutchouc, était fixé à l’extérieur, il se déplaçait le plus souvent à vélo.

Autre particularité, il répétait plusieurs fois ses phrases.

Cela ne vous paraîtra pas croyable, mais bien que vétérinaire, il n’était pas très à l’aise avec les chevaux. Si bien que lorsque quelqu’un l’appelait en consultation pour un cheval malade, cela commençait toujours ainsi : Vous le tenez… vous le tenez… vous le tenez ? Tenez le bien, tenez le bien, tenez le bien !!!

Mon grand-père racontait que son frère, Jean Soum, qui était maraîcher à côté du moulin à souffre, l’avait appelé pour qu’il soigne son cheval. Comme le bruit du moulin le gênait pour l’auscultation, il voulait rentrer l’animal dans la cuisine.

Cela était resté longtemps un sujet de plaisanterie dans la famille.

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Je pense qu’il ne devait pas faire fortune avec l’argent des consultations qu’il donnait dans le village, car les propriétaires, dont le cheval représentait un certain capital, ne pouvait se permettre de le perdre, ils préféraient appeler le maréchal-ferrant Gondry, qui avait une très grande habitude, et était plus efficace.

Narration/rédaction : Monique
Illustrations Internet

mardi, 02 septembre 2008

Edition papier en folios hebdomadaires ! (65)

En espérant, d'ici à fin novembre, que la souscription aboutira pour pouvoir éditer, pour Noël, "le Livre, tome 1", nous rappelons la diffusion des hebdos, chaque semaine, les ventes alimentant les fonds nécessaires pour l'imprimeur.
Hebdos imprimés sur un format "de poche" qui permet de présenter, sur 4 pages, deux ou trois notes par numéro.
Ci-dessous un aperçu....

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Ces hebdos sont à la vente (1 € l'hebdo)
à la Maison de la Presse,
et à l'Office de Tourisme,
où est déposé un petit chevalet support de folios, qui est réapprovisionné selon les besoins.


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Nous sommes sûrs que les Puisserguiérains seront très nombreux à continuer à acquérir ces petites publications dont il a été vendu 813 exemplaires depuis Avril....
De nouveau, Merci à tous,
Corinne


Disponibles à ce jour :
N° 1 à N° 22

Sommaires :
N° 1 : - Baptême réussi, - Le café de l'Escoupino et le Sénat
N° 2 : - L'incendie du Grand Café Glacier, - Vendanges aux "Goudailles", - Les Condamines
N° 3 : - La cave coopérative des "petits vignerons de Puisserguier", - La coopé ... Une véritable institution !!!
N° 4 : - Retour sur l'Escoupigno/commentaires, - Retour sur la Coopé/commentaires, - Les Maires de Puisserguier.
N° 5 : - Où il est encore question de la Coopé/commentaires, - Le Grand Café du Balcon
N° 6 : - Au Bon Goût
N° 7 : - La Bugado de nos Mamètes, - "Je me revois"... Témoignages !, - "Au bon goût", nos lecteurs se souviennent...
N° 8 : - L'épicerie Emile VIDAL, - Un homme d'état, Joseph-Pierre Lanet
N° 9 : - La boutique d'Ernestou, - Et si ils pouvaient raconter ?
N° 10 : - La Bourse, - Qui se souvient encore du bazar Compan ?
N° 11 : - Les édicules puisserguiérains, - Lou cridaïre, laïgatou et la fenno que fa saoupre
N° 12 : - Et si on parlait des couturières, - Le martelet
N° 13 : - Dans la rue Mirabeau
N° 14 : - Les « mémoires » dans Midi libre. Revue de Presse, - Rue Mirabeau… Commentaires, suite.
N° 15 : - Le café de la pédale, - Un comble
N° 16 : - Les kermesses à Saint Christophe
N° 17 : - Le café de la grille, - Le Tour de France
N° 18 : - Au petit Saint Christophe, - Puisserguier, capitale de l’or noir, - La boulangerie Chamayou
N° 19 : - Des vaches à Puisserguier, - Le café des arts
N° 20 : - Garage Asset
N° 21 : - Quand sifflet le train, - On a retrouvé le dernier chef de gare, - Dévorée par la végétation, - Les petits vignerons de Puisserguier
N° 22 : - 1 an, - L’usine à soufre Vidal et Niel, - Allez viens on s’enlève


31cc9596b107bc348c5350eff341bbf5.gifJ'espère que tout le monde se mobilisera afin que puisse paraitre "le livre" dont la maquette fut tant appréciée lors des journées de la semaine dernière.
il y a pour les anciens de beaux souvenirs, et pour les nouveaux tant de choses à apprendre sur leur village.
marie | vendredi, 11 avril 2008

samedi, 30 août 2008

Un AN !!! Hebdo 22 (96)

26 août 2007 !!!

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Et oui, c'est le 26 août 2007 qu'a démarré cette très belle aventure dont nous ne pensions pas qu'elle rencontre une telle adhésion des habitants de notre village.

Alors souhaitons nous
un bon anniversaire
et dès demain déployons de nouveau toute notre énergie et notre passion pour faire aboutir la souscription pour les 500 livres (*) qui seront, à n'en point douter, un superbe cadeau de Noël pour tous.

(*) A ce jour nous avons déjà collecté les fonds
pour 117 livres....



857b87a12fd895636f10239daae85ded.gifBonjour du matin. Avec retard mais de tout coeur BON ANNIVERSAIRE à vous .
Merci encore d'avoir initié ce précieux blog et permis l'émergence de "l'autrefois".
J'espère vraiment que le livre pourra être édité et que les habitants (-es) de Puisserguier et tous les autres répondront à votre appel.
Ne pourrait-on avoir une subvention de la Municipalité ? (*).
Le patrimoine a été bien détruit . Il ne reste que les souvenirs de toutes et de tous.
Il est important de ne pas le perdre et de ne pas se dire un jour "il est trop tard".
Je n'ai rien contre le moderne . Mais je ne vois pas bien ( je peux être myope, bien sûr) ce qui restera d'inoubliable des créations récentes.
Un coucou personnel à Monique qui va bien , j'espère.
Maryse | vendredi, 29 août 2008

(* NDLR, la demande sera faite dans les prochains jours, le courrier est prêt, ainsi que celui pour le conseil général, sans oublier nos amis commerçants).

lundi, 25 août 2008

Réclame... (95)

Qui se souvient de l'entr'acte au cinéma ?

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Quand apparaissait le petit mineur annonciateur des "Réclames" !






..... Dans la famille Caille, je demande Joseph le frère.

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Collection Manu

dimanche, 24 août 2008

Tranches de vie puisserguiéraine (90)

"Je me rappelle malgré mon jeune âge, des sacrifices que faisaient nos parents.

En ce temps là, il n’y avait pas, comme aujourd’hui, allocations familiales, assurances et allocations chômage.

Pendant les mauvais hivers, les ouvriers n’étaient pas occupés par les patrons lorsqu’il faisait mauvais temps.

Pourtant il fallait bien manger. Les vieux n’avaient aucune ressource, à part les économies du chef de famille prévoyant, économies vite dépensées.

Lorsqu’il faisait mauvais temps, faute de distraction, les hommes se réunissaient, à tour de rôle, chez un ami ou un voisin pour jouer aux cartes autour d’une table garnie de quelques bonnes bouteilles de vin rouge ou blanc de leur production.

Ils jouaient à la manille, au bésigue ou à l’écarté, pendant que les enfants s’amusaient dans une pièce à côté.

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Les femmes tricotaient ou crochetaient devant la cheminée, les pieds bien au chaud.

Malgré la mauvaise période ils étaient réunis et heureux.

Lorsqu’il faisait beau, le père prenait ses enfants, encore jeunes, à la vigne, soit pour ramasser des sarments, ou badigeonner les souches qu’il taillait, avec un pinceau trempé dans un mélange d’eau et de sulfate de fer.
Chaque jeudi, les enfants au lieu de rôder le village, étaient ainsi invités, de gré ou de force à participer aux travaux de la vigne.

Si l’automne et l’hiver n’était pas trop mauvais et que le père et la mère n’avaient pas trop chômé, ils économisaient quelques sous pour pouvoir jouer au loto pour la Noël.
(Deux sous le carton, cinq sous le café-rhum, deux sous le mazagran)
Lorsque le père rapportait une belle dinde c’était la joie dans la famille.

1eac4c03385305a698e49f901b7e4000.jpgEn hiver, malgré le froid, les veillées étaient agréables.
Les vieilles, accroupies au pied d’un bon feu, faisaient griller des châtaignes dans une poêle trouée, tout en fredonnant quelques vieilles chansons ou en racontant de belles histoires que les plus petits écoutaient en silence.

Pendant ce temps les hommes jouaient aux cartes, tout en surveillant que la vieille ne laisse pas brûler les châtaignes, car ils languissaient de pouvoir les arroser de quelques bons coups de vin rouge.

Pour ce qui était du chauffage, c’était principalement sarments et bois dans la cheminée.
Les plus aisés avaient une cuisinière ou un poêle à charbon, mais il n’y avait pas de gaz ou de chauffage électrique.
Les grand-mères avaient une grosse pierre lisse ou une brique qu’elles mettaient devant le feu toute la journée. Le soir venu elles l’enveloppaient dans un chiffon et la plaçaient dans leur lit, en ayant soin de la changer de place de temps en temps.
Par la suite vint le fameux « moine » plus commode que le chauffe lit.

518079a898ac56266e9569720d7b4eca.jpgLe dimanche matin, il fallait aller à la messe.
Après une bonne toilette et bain de pieds dans une bassine (pas de douches), on s’habillait en dimanche, costume bleu marine, bas ou chaussettes noires et bottines à boutons.
Ah ! ces boutons, on n’en finissait jamais. Il fallait un « crochet » spécial pour passer les boutons dans les trous des bottines. On se le disputait avec le frère ou la sœur pour avoir plutôt fini.
Pendant la messe, selon les fêtes, les enfants étaient gâtés, car une « dévote » passait avec une corbeille pleine de petits pains à l’anis et faisait la distribution, ce qui faisait leur joie. Ils le méritaient bien, car ils avaient été très sages pendant la messe, malgré la longueur et les prières en latin aux quelles ils ne comprenaient rien.
Pourquoi étaient-ils si sages ?
Parce qu’ils étaient bien gardés par le « suisse », personnage habillé de rouge, tricorne, épée et grosse canne.
A la sortie de la messe, la place de l’Eglise et de la Mairie était pleine de monde : hommes, femmes, enfants.
La plupart étaient venus là pour regarder les beaux costumes et les belles robes des riches, car en ce temps là on distinguait très bien les riches, des pauvres. De nos jours les distinctions sont moins évidentes.
En ce temps là, les familles aisées gardaient les vêtements et les chaussures usagés de leurs enfants, pour les donner à des plus pauvres qui acceptaient cela avec plaisir pour habiller et chausser leurs enfants.

Autrefois les poubelles n’étaient pas aussi riches que de nos jours.
Il y avait beaucoup de mendiants, un peu trop. On donnait aux plus infirmes, aux plus déguenillés, quelques restes de pain ou de nourriture, mais très peu, car il n’y avait pas de gaspillage. Beaucoup demandaient du vin, mais la plupart en abusaient et se saoulaient. Le commissaire Pujol les conduisait à la prison, sous les regards des enfants.
On donnait principalement aux mendiants. Ma brave femme de mère disait : « ço qué sourtis per la porto, dintro per la fénestro ».
a7d4584cfe0f491e54c86a3e46cb5f1b.jpgTout de même il fallait se méfier de ces aventuriers, de ces tireuses de cartes, de ces gitanes qui vendaient des paniers en osier et en profitaient pour vous voler.
Quand les gitanes passaient, beaucoup de nos mères fermaient leur porte à clef.
Pourtant, parmi elles, il y en avait des honnêtes qui vendaient le fruit de leur travail pour pouvoir nourrir leurs enfants."***

Narration/rédaction Monique (d’après le cahier d’Armand Fabre***)
Illustrations d'après internet


4e3c42696057099e2fbe605291e3dc6c.gifJe veux féliciter ici l'ami Serge, qui se décarcasse pour trouver les illustrations adéquates à nos divers commentaires.
Mais je dois dire qu'en ce qui concerne le suisse nous n'avions pas le même à Puisserguier, car en l'occurence il s'agit là d'un garde suisse pontifical.
Celui qui officiait, de mon temps, lors des fêtes carillonnées, avait une tenue plus modeste, mais cependant portait habit rouge, tricorne, bas blancs et grande crosse. C'est vrai que tout cet apparat impressionnait les enfants, même si l'habit rouge était complètement "bouffé" par les mites, ce qui est rigoureusement exact.
Je profite de l'occasion qui m'est donnée, pour dire que le dernier suisse qui a officié à Puisserguier était Monsieur Sune, le père de Raymond Sune le menuisier.
Monique | vendredi, 01 août 2008

4e3c42696057099e2fbe605291e3dc6c.gifEn vous disant que le dernier Suisse qui avait officié à Puisserguier était le père de Raymond Sune, je me suis lamentablement "plantée".
Une lectrice m'en a fait la remarque, aussi je me dois donc de rétablir la vérité.
Notre dernier Suisse s'appelait Monsieur March et était l'époux de la maman de Raymond.
Dont acte.
Monique | vendredi, 08 août 2008

vendredi, 15 août 2008

L’usine à soufre Vidal & Niel Hebdo 22 (92)

Quatre heure du matin. J’ouvre la fenêtre. Pas un poil de vent. La matinée va être belle et calme, c’est le temps idéal pour soufrer la vigne.

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Comme beaucoup de jeunes puisserguierains, dans les années 54 et 55, mon père travailla à l’usine à soufre Vidal & Niel .
La famille Niel vivait dans une belle demeure cossue dont le magnifique parc donnait sur le terrail (tout près du garage Asset) tandis la famille Vidal possédait une grande bâtisse Rue d’Espagne, cette rue même qui précisément conduit à l’usine à soufre.

242749bc6ca284832c4220260d47d956.jpgHector Lepetit en était le contremaître et était logé sur place avec sa famille. Andrée Rial s’occupait du secrétariat.
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Le soufre arrivait directement de Sicile par bateaux à Sète. Un camion transportait les « blocs » jusqu’à Puisserguier afin qu’ils soient broyés. Les quantités étaient assez impressionnantes, jusqu’à 80 tonnes livrées sur deux jours !

L’usine produisait 2 sortes de souffre : le trituré et le sublimé. Le premier utilisé couramment dans la région était, disons, plus grossier, un peu plus « lourd », adapté en somme à nos latitudes ventées. Le second, plus cher , mais d’une finesse extrême partait beaucoup en Bourgogne et Champagne. Au plus fort de la demande, période de traitement de la vigne, 7 ou 8 saisonniers venaient prêter main forte aux permanents. C’est qu’il en fallait des bras pour alimenter la meule, envoyer le soufre au tamis et puis encore ensacher !! Le coup de feu passé, les ouvriers à l’année étaient quelques fois envoyés à la campagne de Gabelas propriété des beaux-frères Vidal et Niel afin d’ effectuer les travaux dans les vignes.
Pour le sublimé, que l’on appelle aussi fleur de soufre, l’opération était plus délicate, plus sophistiquée. Il y avait la fameuse « chambre jaune », dont je vais essayer de vous dévoiler le mystère.

Toutes les demi heures environ, une comporte de blocs de soufre était vidée dans le chaudron situé dans le four avoisinant les quelques 1200°. Sous l’effet de la chaleur, celui - ci devenait liquide et était acheminé par un conduit dans la chambre jaune où il "s’évaporait" pour finalement se redéposer sous forme de fines particules pouvant atteindre une épaisseur de 30 à 40 cm. Pendant 10 jours et autant de nuits le four ne devait pas s’arrêter. Il fallait ensuite attendre 48 heures pour ouvrir la fameuse chambre. Je vous laisse imaginer le spectacle, le crissement du soufre sous les pieds et les vapeurs !!!! Il était ensuite passé au tamis et mis en sacs de 25 kg.

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Aujourd’hui le soufre est de moins en moins utilisé par les vignerons qui lui préfèrent les produits systémiques pour lutter contre l’oïdium et les beaux sacs en toile de jute ont été remplacés par des sacs en papier.

Collection et narration Manu


c0a6e1605b3e3d278ee0948f97a795f8.gifTout juste rafistolée, je viens ajouter un commentaire à la très belle description de l'usine à soufre faite par Manu.
C'est la famille Vidal qui vivait dans la belle demeure qui donne sur le Terrail et la famille Niel route d'Espagne. On peut d'ailleurs y voir les deux soeurs Niel qui viennent encore y passer leurs vacances, puisque contrairement à la maison des Vidal, celle-ci est toujours restée dans la famille.
Bien que cela n'ait pas une grande importance, j'ai pensé qu'il vallait mieux rétablir la vérité.
Monique | vendredi, 08 août 2008