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23/09/2008
Bouroune et son troupeau, Hebdo 24 (91)
Emile Géraud, plus connu au village sous le nom de Bouroune, était possesseur d’un troupeau : quelques chèvres, un bouc et quelques moutons qu’il amenait paître quotidiennement.
Bouroune n’avait pas besoin d’une alarme pour protéger sa maison, le bouc ne laissait personne franchir le seuil du portail.
Petit aparté, Yvan Cros, que tout le monde surnommait Crotte Fine, en fit un jour les frais.
Ayant voulu ouvrir le portail, le bouc lui fonça dedans, lui fit traverser la rue et le « décalqua » dans le mur qui se trouvait derrière lui.
Pendant la guerre 39-45, je ne vous apprendrai rien, si je vous dis que certaines denrées telles la viande, le pain, le lait, en particulier, étaient contingentées.
En ce qui concerne le lait, seules certaines catégories pouvaient en bénéficier : les J2 (les enfants), les J3 (les adolescents) et suivant la formule consacrée : les femmes enceintes et allaitantes.
Pour pallier à cet inconvénient, certaines familles du village avaient fait l’acquisition d’une ou plusieurs chèvres, ce qui donna par la suite l’apparition d’une épidémie de brucellose ou fièvre de Malte, mais là n’est pas le propos de cette chronique.
Avoir des chèvres c’était bien, mais il fallait le plus souvent possible les sortir pour les faire paître.
Notre ami Bouroune grossissait donc son troupeau avec les chèvres que les gens voulaient bien lui confier. Comment se faisait-il rétribuer pour ce service ? Je n’en ai aucune idée.
Cela donnait lieu deux fois par jour à une intense animation dans la rue du Lirou, puisque c’était là qu’il résidait, dans une maison juste avant d’entamer la descente.
Vers une heure, une heure trente, les gens arrivaient avec leur chèvre et revenaient le soir vers 18 heures pour les ramener au bercail.
Parmi toutes ces chèvres, deux avaient une particularité : elles allaient chez Bouroune et en revenaient toutes seules.
C’étaient les chèvres de la famille Gillet.
Ainsi, matin et soir, on pouvait les voir passer, traverser comme des grandes la route nationale, qui n’était pas très encombrée à l’époque, se rendre chez Bouroune de leur petit train de sénateur et en revenir de même.
Il n’était pas rare de les rencontrer vers 9 heures du soir sur le chemin du retour.
Ces deux chèvres étaient devenues légendaires dans tout le village. Lorsqu’on les rencontrait tout le monde savait à qui elles appartenaient.
Je me souviens d’un incident qui était arrivé à mon arrière-grand-mère.
A l’époque, surtout en été, aucune porte n’était fermée à clef, elles restaient même entrebâillées.
Ma mamète qui était toujours vêtue de noir, couleur obligée depuis qu’elle avait perdu un fils à la guerre de 14-18, avait mis quelques frusques à tremper derrière le portail du petit « magasin » de la maison, dans une bassine qui contenait du bois de Jalapa, souverain pour nettoyer et raviver les vêtements foncés.
Quelle ne fut pas sa surprise en trouvant nos deux chèvres en train de manger le bois de Jalapa, et les tabliers qui trempaient par la même occasion.
Je vous laisse penser la crise que piqua la brave femme.
Je ne me rappelle plus très bien, mais connaissant son tempérament, je me doute que nos deux encornées durent passer un mauvais quart d’heure.
Narration/rédaction : Monique
Illustrations d'après Internet
05:35 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Notre village, Famille, Actualités







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