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dimanche, 10 avril 2011

Marianne, le cahier : extraits.

Nous vous offrons ci-après quelques extraits des chapitres tirés de notre cahier : 

« Marianne, histoire d’un monument »

dans lequel sont présentés des copies de documents, photos, calque, trouvés aux archives du Conseil Général.

 

Les Mariannes en général

Origine du nom de "Marianne" donné à la République par Christian Laux et Paul Hormière

 « Marie-Anne était un prénom banal, répandu dans les classes populaires... Marie est la mère du Christ et Anne la mère de Marie ». …….

Son utilisation comme symbole de la République a été attribuée à une chanson révolutionnaire en occitan, la Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne), composée par le cordonnier-poète Guillaume Lavabre de Puylaurens (Tarn). »……………

Les Mariannes de l'Hérault, tiré de l’étude effectuée par Andrée et Jean Piacère dans la revue du G.R.E.C. (Groupe de Recherches et d’Etudes du Clermontais) paru en juin 1995.

L’Hérault compte actuellement 52 de ces monuments en place publique : 35 en pied et 17 bustes. Avec l’Aude il est l’un des mieux achalandés en la matière ! La première commune de L’Hérault qui décide d’ériger une Marianne, est Marseillan, inaugurée le 1er novembre 1878, elle est considérée comme la plus ancienne de France

On distingue les statues en pierre et celles de « série ».

Le nombre de ces statues en pierre est de 3. Elles sont à : Marseillan, Montblanc et Pour les œuvres de série les auteurs recensent : 10 Mariannes « au flambeau », 8 « à la pique », 8 « à la Paix », 4 « aux Droits de l’Homme ». La Marianne de Puisserguier est de ce dernier style.

Ce type de Marianne, dite des Droits de l'Homme, se retrouve dans le département de l'Hérault, à Puisserguier, Gigean et Villeneuve-lez-Béziers…………………………

Les Mariannes "aux droits de l'homme"

Ce sont de grandes statues, assez massives, qui dégagent une impression d’assurance, de force et de puissance, dont l’Hérault possède 4 exemplaires : Puisserguier (1885), Pézenas (1887), Gigean (1893) et Villeneuve les Béziers (1900).

Fort originales, elles se dressent bien haut, de leur bras droit tendu au dessus de leur tête, un foudre jupitérien portant l’inscription ; « droits de l’Homme ». Leur bras gauche s’appuie sur un

faisceau de licteur d’où  dépasse une pique. Leur longue chevelure est coiffée du bonnet phrygien. Une tunique aux plis lourds retombant sur leurs pieds nus laisse voir un sein dénudé.

 

Ces œuvres sont dues au sculpteur Charles Capellaro, et proviennent de la fonderie Durenne, de Sommevoire (Hte Marne) sauf celle de Puisserguier qui provient des fonderies Gourp à Paris………..

 

 

mémoires de puisserguier

 

 

La Marianne de Puisserguier

 

Sculpteur : CAPELLARO Charles  (1826 à Paris -1899 à Paris)

Fondeur : Jules GOURP (12 mars 1857 à Laurens (34), 14 Avril 1917 à Chelles (Seine Maritime)).

 Conforme par ailleurs au modèle type, longue chevelure descendant le long du dos, bonnet phrygien , bras gauche appuyé sur le faisceau de licteur d’où émerge une pique, sa tunique découvre le sein droit, non pas dénudé, mais revêtu d’une cuirasse romaine, frappée d'un camée (tête représentant généralement une divinité).

Sur le côté droit du socle on lit « Gourp à Paris » et sur le côté gauche, le nom du sculpteur :

« C. Capellaro 1885 », ainsi que « M. Lepet fondeur ».

 Le socle en pierre porte sur la face avant les armoiries de la ville au-dessous desquelles, on lit :

République Française, la ville de Puisserguier 1885

Et sur chacune des trois autres faces, l’un des éléments de la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité » ;

Dans le conseil municipal républicain de l’époque, il y a les prudents : le Maire, qui ne veut pas engager le budget dans des dépenses « fantaisistes », alors que tant de projets utiles sont ajournés, et les audacieux, qui tiennent à leur statue et qui ne comprennent pas « que des hommes qui se disent républicains, marchandent quelques milliers de francs pour une dépense éminemment démocratique ».

Mr le Maire, fait observer que chacun a le droit d’entendre le républicanisme à sa manière et que, pour son compte personnel il ne croit déroger à ses principes et à ses idées en s’opposant à une dépense dont il ne reconnaît pas l’utilité ».

 

Le vote qui aura lieu au scrutin public donnera 14 voix pour le projet, 5 contre, et 2 qui n’ont pas pris part au vote.

……………………………..

 

Les archives du conseil général de l’Hérault

 Le monument « statue de la République » se décompose en 3 éléments : la statue (Capellaro, Gourp), le piédestal (entrepreneur de Pézenas, cité dans une lettre du 3/08/1885) et le « trottoir » (gravats provenant d’un grand puits communal en  démolition, travaux effectués par Dunom)

 Le coût total du monument s’élève à : 8770,10 francs soit environ 24 000 €,

4 000,00 francs pour le sculpteur soit environ 10 900 €

2 500,00 francs pour le fondeur soit environ 6 800 €

2 270,10 francs pour le piédestal, le socle et la grille (Saulières, Dunom) soit environ 6 190 €

 Le devis estimatif des travaux, pour la construction d’un piédestal entouré d’une grille destiné à supporter la statue de la république, a été établi le 7 mars 1885 et se décompose comme suit :

 

Déblai pour la fondation, y compris l’enlèvement hors la ville 2m50 x 2m50 x 0,70 : 4,37 X 0.70 = 6 f 55

Maçonnerie ordinaire pour fondations avec chaux du Teil et sable de rivière 2m50 x 2m50 x 0,70 : 4,37 X 15 f 00 = 65 f 55

Pierres de taille de Beaucaire portant moulure….y compris fournitures, taillée pour….base du piédestal 2.50 x 2.50 x… .Socle 1.40 x1.40 x 2.25 = 4.41 : 12,98 X 100.00= 1 298 f 00

Grille en fer forgé d’une hauteur totale de 1 m 50 y compris fournitures pour main d’œuvre pesant 900 K : 900 X 1.00 = 900 f 00

Montant total des travaux = 2 270 f 10

Le Préfet semble réticent sur certains points, et le souligne en ses termes dans sa lettre du 3 août 1885 : :  ……..Le prix de 6500 francs pour la statue (en fonte) parait bien élevé, le devis ne dit pas si c’est une œuvre originale faite spécialement pour la commune de Puisserguier.

Il y a une grande différence entre le prix et celui qui est demandé pour la statue de Bessan qui a cependant 2 m 80 de hauteur et qui ne coûte que 2 000 francs rendue sur place…………………………

La lettre écrite par le maire, L Bonnet en réponse au Préfet donne des indications et arguments complémentaires. Il précise que le sculpteur a facturé son œuvre 4 000,00 francs et le fondeur 2 500,00 francs, ce qui donne un coût total de la statue de 6 500,00 francs. Nous apprenons également que le trottoir du piédestal (l’assise de base supportant le piédestal et la statue) a été élaboré avec des matériaux provenant de la démolition d’un ancien puits communal.

 Extrait de la lettre 

Pour vous prouver le soin qu’apporte Mr Capellaro à notre projet, je vous donne ci-dessous copie de la lettre qu’il écrivait à Mr Gourp, fabricant de bronze au début de cette affaire :

« Les conditions de prix que je vous ai faites (4 000 f) en acceptant de me charger de l’exécution d’un modèle de statue de la République, ce pour la ville de Puisserguier, sont évidemment exceptionnelles ; toutefois, comme j’attacherai à cette œuvre toute l’importance qu’elle comporte au point de vue artistique, je me réserve d’en surveiller la fonte que je n’accepterai que conforme à mon modèle original. Il n’en sera fondu qu’une à cette taille ».

Nous pouvons donc affirmer que nous aurons une œuvre originale et artistique. Le prix de 6 500 francs n’est pas élevé, il ne nous aurait pas été possible d’attendre un prix inférieur. Nous avions demandé des prix à divers artistes, et tous demandaient au moins 7 000 francs. Il reste défalcation faite des 4 000 francs pour l’artiste, des 2 500 francs pour fondre la statue sur plâtre, or la fonte sur plâtre revient 4 fois plus chères par la difficulté, la délicatesse que comporte le moulage…………………………………..

 La statue a été réceptionné le 1er janvier 1886 comme l’atteste le PV de réception ci-après,  établi à cette date et signé par Le maire : J Bonnet, Monsieur Gourp, les membres du conseil municipal : Petit Joseph et Bernard Célestin, et vu et approuvé pour le Préfet, le 6 janvier 1886, par le conseiller de préfecture

 Procès verbal de réception « Le premier janvier 1886, nous soussignés, Petit Joseph et Bernard Célestin, membres du conseil municipal, nous sommes rendus sur la promenade publique à l’effet de vérifier si la statue de la république avait été faite conformément aux clauses et conditions du traité.

Nous avons reconnu que la statue est en bon état et n’y avons aperçu aucun vice de conception.

En conséquence nous sommes d’avis qu’il y a lieu de recevoir définitivement ce travail.

Cette réception a eu lieu en présence de M. le Maire et de M. Gourp, fondeur.

Fait à Puisserguier, le premier janvier mille huit cent quatre vingt six

Le maire : J Bonnet

Monsieur Gourp

Les membres du conseil municipal : Petit Joseph et Bernard Célestin

Vu et approuvé pour le Préfet, le 1janvier 1886, le conseiller de préfecture »

Une facture datée du 19 janvier 1886 établie par monsieur Armingaud François détaille les frais d’inauguration de la Marianne

« Doit la mairie de Puisserguier à monsieur Armingaud François la somme de cinq cent cinquante francs dont le détail suit :

Fête de l’inauguration de la statue de la république

Location de drapeaux, oriflammes, écussons et boites d’artifices cent cinquante francs, ci : 150

Ornementations de la mairie cinquante francs, ci :50

Frais de décoration des places et avenues de la ville deux cent francs, ci : 200

Frais du camionnage du matériel de la décoration et de l’ornementation cinquante francs, ci : 50

Total cinq cent cinquante francs, ci 550

Certifié exact et véritable le présent décompte s’élevant à la somme de cinq cent cinquante francs

Vu et réglé le mémoire ci-dessus se montant à la somme de cinq cent cinquante francs

Le maire : Bonnet

Vu et approuvé. Montpellier le 19 janvier 1886

Pour le Préfet, Le conseiller de préfecture délégué »

Les frais de l’inauguration, dont nous n’avons pu trouver la date précise, s’élève à 700,00 francs soit environ 2 000 €.

 

 

mémoires de puisserguier

 

 

Toilettage de l’été 2010 : Déroulement de la rénovation.

 

Sablage statue pour décaper les couches de peintures vertes successives.

Vernissage pour conserver la couleur naturelle de la fonte.

Mise au jour des inscriptions du sculpteur et des fondeurs.

Dépose des plaques usées par le temps et taillage des nouvelles excavations qui recevront les nouveaux blocs sculptés ou gravé s (Liberté, égalité, Fraternité...) Les pierres et les plaques ont été travaillées pendant de longues heures dans les ateliers municipaux avant d’être acheminées pour l’assemblage.

démolition du banc de pierre avant reconstitution avec emblème de la vigne...

Sculpture du pélican Le Pélican sur le socle de la Marianne était beaucoup trop dégradé. Aucune photo qui aurait permis un agrandissement n’a été retrouvée. Il a fallu s’inspirer de la seule sculpture dont la fidélité était restée intacte. C’est donc le Pélican ornant le fronton de la maison du peuple qui a servi de modèle.

 La Cuirasse : comme nous l’indiquons en début d’ouvrage, la Marianne de Puisserguier (première de la série des 4 statues de l’Hérault) est unique par le fait que sous sa robe, elle est vêtue d’une cuirasse (comme celles que portaient les Romains ou les Grecs de l’antiquité) sur laquelle à la hauteur de la poitrine se trouve un camée qui semble être la représentation d’un soleil divin

Il est apparu, au cours des travaux, que les différentes légendes n’ont pas été confirmées, ni par la découverte d’un trésor, ni par celles de bouteilles de vins qui auraient été enterrées lors de la construction du socle.

Dorénavant la légende est devenue réalité.

En effet avant de couler le béton de l’assise du banc, Annie Martin (adjointe au Maire) et José Munoz ont déposé une bouteille (vide) de vin rouge « Grillière » pour la prospérité, dans laquelle se trouve un parchemin comportant le nom du personnel technique, du conseil municipal et celui du sculpteur

 

 

mémoires de puisserguier

 

  

Sources 

Christian Laux, et Paul Hormière.

Andrée et Jean Piacère

Michel Gourp, Jacques Cros

Mairie Puisserguier

Mémoires de Puisserguier :

Archives Conseil Général de l’Hérault

 

Crédit photos

 Internet, Jean Noël Badénas, Antoine Comes, Annie Martin, Mora Monique, Serge.

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