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jeudi, 14 juillet 2011

La source Marcousse !

Dans le "tome 3 des Mémoires", j’avais eu l’occasion d’évoquer Antoine Chappert, enfant de Puisserguier qui a longtemps collaboré au « Chasseur Français » sous le pseudonyme de Frimaire.

Sa petite fille Cécile très touchée que nous ayons mis son grand-père à l’honneur, nous a fait parvenir une de ces chroniques où avec son  talent habituel, il raconte « son » Puisserguier et en particulier Saint Christophe, cher au cœur de tous les puisserguiérains.

J’ai pensé que ce serait dommage de la laisser tomber dans l’oubli et je vous la livre avec  un immense plaisir.

 

« La lune était encore dans son plein et le ciel scintillait d’étoiles. Sylvain Garrigue traversa le village endormi, suivit un instant la grand-route, prit à droite celle des coteaux et, arrivé au carrefour où se dresse, énorme, le vieux platane dont l’ombre recouvrait la route, s’engagea dans le chemin  qui monte à Saint-Christophe. Il grimpa la côte rude, arriva aux premiers taillis de jeunes pins où perdreaux et lapins trouvent un abri sûr et se trouva enfin au pied de la chapelle. Il s’arrêta un instant, respirant à grands traits l’air de la nuit finissante. Il était trop tôt pour se mettre en chasse. Il choisit pour s’asseoir, une grosse pierre auprès d’une vieille cabane écroulée, entre deux touffes de chênes verts, et attendit.

 

saint christophe 2.jpg

 

En bas, la grande plaine d’ombre qui s’étalait du pied de la colline jusqu’à  l’horizon invisible était piquée d’ilots de lumières, agglomérations encore endormies. Le chasseur les reconnut, nommant les villages, avec tout au loin, Béziers et sa colline illuminée. Sur la gauche, au fin fond de la nuit, le feu tournant d’Agde jetait, toutes les cinq secondes, l’éclat qui guide les marins en mer. Il semblait veiller sur la plaine, où son regard se posait en cadence. Et le calme qui régnait en paraissait plus profond.

Bientôt les étoiles commencèrent à s’éteindre une à une. D’abord celles de l’Orient, qui s’éclaircissait et où l’on devinait comme une naissance de lumière, puis celles du zénith. Derrière, du côté des montagnes, le ciel était encore d’un bleu noir et gardait tous ses scintillements. Mais ils disparurent eux aussi, peu à peu. Il ne resta plus, bientôt, que trois petites étoile autour de la lune, dont la lueur commençait à se ternir. Sur le ciel devenu verdâtre, se découpaient en noir, les deux cyprès qui montent la garde devant la porte de la chapelle et les silhouettes des quelques grands pins qui sont sur la terrasse et dont le dôme sombre dépassait le toit de la bâtisse que la lune blanchissait. On eût dit une estampe japonaise, encre de Chine sur lavis bleu. Plus loin moutonnait la sombre masse indécise du bosquet de pins qui couvre le faite de la colline.

Mais déjà l’horizon se précisait. Une traînée de brume rose naissait du côté de la mer. Dans les bas-fonds, commençait à se dessiner la forme de minuscules coteaux. Une troupe de petits nuages, perdus dans l’immensité du ciel, commença à s’illuminer, quelques-uns ressemblant à ces anges joufflus que l’on voit sur les tableaux de nos églises. La lumière naissait, encore faible, mais qui croissait de minute en minute. Des pies s’éveillèrent et jacassèrent dans les pins, annonçant le jour qui venait. Et, soudain, on entendit rappeler les perdreaux. D’un  côté à l’autre, ils se répondaient dans le petit jour. Les taillis de pins, au vert tendre, commençaient à s’éclairer de cette lueur rose qui est la couleur des matins d’été, ainsi que le faîte des collines, alors que les plaines étaient toujours dans l’ombre où les lumières ne brillaient plus. Le phare avait éteint son œil tournant. Le grand mystère silencieux qui régnait sur le monde s’évanouissait. Le soleil, peu à peu, d’abord arc, puis demi-cercle, puis boule rutilante, sortit de l’horizon, et la lumière ruisselante, coula dans l’immensité des garrigues et des vignes.

Il était temps de se mettre en chasse. Notre homme se leva, les yeux remplis du spectacle qui venait de se dérouler devant lui et le cœur gonflé d’amour pour ce coin de terre où il était né. Au bruit qu’il fit, trois  perdreaux partirent dans un impressionnant roulement d’ailes, du pied de la terrasse où ils étaient venus sans qu’il s’en aperçut. Il en culbuta un, dans la vigne abandonnée qui touche à la chapelle et contempla, un instant les vives couleurs de sa livrée chamarrée. Les autres avaient foncé vers les bas-fonds.

Alors la chasse commença de coteau en coteau, de remise en remise, dans le parfum des lavandes en fleur, du thym aux touffes dures, du romarin vert tendre, plantes qui sont celles de la terre rouge des garrigues….

(…) Garrigue descendit vers la fraîche source de Marcousse. Son chien y arriva bien avant lui et se vautrait déjà dans l’eau claire quand il fut au bas de  la côte.

 

source Marcousse.jpg

Photos Marc Valdes

Il resta là un moment, à l’ombre du platane qu’une main prévoyante semble avoir planté là tout exprès pour les chasseurs. En a-t-il abrité sous son ombrage des chasseurs et des chiens ! En a-t-il entendu des rires et des histoires ! Et que de perdreaux aussi il a vu venir boire, le matin ou le soir, quand le calme règne sur la garrigue ! Voyez-les descendre, glissant entre les touffes. Sont-elles agiles ces menues pattes rouges et rapides ! De temps en temps, l’un s’arrête et écoute. Rien pas de bruit suspect. On peut descendre. Tiens, un appel, là-bas. On répond et bientôt arrive, toutes ailes déployées, le frère isolé. Les voilà tous sur le petit mur qui surplombe la fontaine. Encore un coup d’œil aux alentours, puis un petit saut en bas et les pattes rouges s’alignent le long du filet d’eau. Les têtes se penchent, se relèvent, se penchent encore. Comme c’est bon ! Puis un peu de baignade. Frou, frou, frou… font les ailes qui éclaboussent de perles de cristal les dos sombres et les flancs bariolés. Encore quelques gorgées, car la journée a été chaude. On court un peu sur le chemin, et puis brrr ! Tout le monde en l’air, en route pour la remise proche, dans le vallon que l’ombre, déjà, envahit !

(…) Onze heures sonnèrent en bas au vieux clocher du village. Le soleil dardait des rayons de feu sur les vignes désertes. Alors le chasseur sauta dans le chemin et redescendit la colline. »

Rédaction, Monique

Commentaires

C'est un très beau texte. Voilà un homme, un chasseur comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Sensible à la beauté de la garrigue et qui la respecte.

Cesi

Écrit par : Cesi | dimanche, 10 juillet 2011

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