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lundi, 23 décembre 2013

Noëls d’autrefois

 Malgré les moyens limités de ma famille, je me souviens des Noëls de ma petite enfance, que j’attendais toujours avec grande impatience.

 

Ce n’était pas l’abondance, car dans mes chaussures, je trouvais le plus souvent une orange, un père Noël en chocolat, ou une petite crèche miniature avec un petit Jésus tout rose car il était en sucre candi.

mémoires de puisserguierUne année où le père Noël devait être plus riche j’eu la surprise de trouver une trousse d’école en cuir.

 

Puis vinrent les années de la triste guerre. Mon papa, comme beaucoup d’autres, étant mobilisé, avec maman nous nous repliâmes chez les grands parents à Puisserguier.

 

Les Noëls puisserguiérains ressemblaient à tous les Noëls de France, du moins je le suppose. Cependant dans notre Languedoc, le sapin n’avait pas droit de cité. C’était plutôt la crèche et ses santons de Provence, que l’on décorait avec du papier spécial crèche, pour simuler les montagnes, que l’on achetait au Bon Goût ou au Bazar Compans, les plantes d’asperges sauvages tenaient lieu de verdure, et la neige était représentée par des touffes de coton hydrophile ou bien par de la farine qu’on saupoudrait sur l’ensemble.

 

mémoires de puisserguier

 

Bien entendu l’église paroissiale comportait une grande crèche qui était traditionnellement érigée dans la chapelle Notre Dame de Lourdes.

C’était des jeunes filles qui se chargeaient de la décoration. Ce qui m’attirait beaucoup était la présence d’un ange qui tenait une bourse dans ses deux mains. Lorsqu’on glissait son obole dans la fente de la bourse, l’ange vous remerciait en hochant la tête. J’ai retrouvé le même ange dans une église du Berry, puisque papa y était en poste, lors de la Noël 1943. Comme l’église était située à côté de l’école où je me rendais tous les jours, c’est bien souvent que j’allais rendre visite à l’ange avec les piécettes que j’avais pu grappiller à droite ou à gauche, pour le plaisir de le voir remercier de la tête, mais en plus les piécettes déclenchaient une musiquette : il est né le Divin Enfant ou les Anges dans nos campagnes.

 

Bien des années plus tard nous avons amené une de nos trois petites filles visiter la crèche animée chez les Frères de Fonserane. La présence du petit ange déclencha la même réaction. Heureusement que j’avais prévu la chose, car le contenu en pièces du porte monnaie y est entièrement passé.

 

Les premières années de guerre furent très dures, vu les restrictions.

Adieu les ripailles d’avant guerre, adieu les lotos où l’on gagnait la volaille pour les fêtes : chapons, dindes et oies grasses.

 

Je me rappelle d’une année, où pour maintenir quand même la tradition, un cafetier s’était débrouillé pour organiser un loto et mon grand-père avait gagné une oie vivante, mais la pauvre bête était tout, sauf grasse.

mémoires de puisserguierC’est Madame Galinier, la grand-mère de Monique Nadal, qui tous les soirs venait la gaver. Je la regardais faire, avec étonnement. Cette pauvre bête avec son entonnoir dans le bec me faisait pitié.

Le gavage ne dura pas bien longtemps, car il n’y avait pas trop de maïs. Je me pose encore la question de savoir où mes grands-parents l’avaient trouvé.

Grasse ou pas, cette oie fut la bienvenue pour les fêtes de fin d’année.

 

Chaque année on attendait avec impatience d’entendre sonner Nadalet.

10 jours avant la Noël, tous les soirs après l’angélus, les cloches sonnaient pour annoncer la venue de Noël.

Ma « mamète » chantait alors : « Nadalet, nadalet s’en va, laïsso lou qué tournara ».

Hélas, il est parti mais n’est jamais revenu, tout au moins à Puisserguier, car je sais que dans certaine commune du Tarn cette coutume perdure encore.

 

A défaut d’autre distraction nous attendions avec impatience la messe de Minuit, qui avait bien lieu à Minuit et non à 18 heures.

A cette époque là, chaque paroisse avait son curé. Comme c’était la guerre et qu’il y avait la défense passive, les rues n’étaient pas éclairées et bien souvent nous partions à la messe le calhel à la main pour nous éclairer.

Le plus dur n’était pas de tenir le coup pour ne pas dormir durant la messe, les chants et le folklore de la cérémonie, étaient là pour nous tenir éveillés, mais d’attendre l’heure pour s’y rendre. La soirée était bien souvent occupée par des jeux de cartes, qui nous faisaient patienter.

 

Au retour de la messe, les adultes buvaient un bon vin chaud et j’avais droit à un bol de chocolat.

 

mémoires de puisserguierAvant de regagner mon lit, que le « moine », avait gardé bien chaud, je n’oubliais pas d’aller voir le contenu de mes chaussures dans la cheminée.

 

Le lendemain j’allais faire le tour de la famille pour savoir si le père Noël avaient été plus généreux. C’est bien souvent que je me retrouvais avec deux ou trois oranges ou suprême gourmandise, avec quelques clémentines.

Je pense qu’il devait en être de même dans bien des familles.

A cette époque où l’abondance n’était pas au rendez-vous, il fallait savoir se contenter de peu.

 

Les réveillons et les repas avec leur débauche de nourriture n’avaient pas encore cours et les parents savaient raison garder. Ils ne s’endettaient pas pour offrir les derniers jouets à la mode à leurs enfants, jouets que bien souvent ceux-ci ne regardent plus dès le lendemain de la fête.

 

Cependant je peux vous assurer que nous n’en étions pas plus malheureux pour autant.

 

Narration/Rédaction : Monique

Commentaires

"Noëls d'autrefois"
Trés belle et agréable chronique du passé.

Écrit par : Albert LAURET | lundi, 16 décembre 2013

Les commentaires sont fermés.